La videosurveillance c'est utile

Quand France Télévision exploite les résultats d'un rapport trop partiel

La vidéosurveillance c'est utile ?

 France Télévision et plus spécifiquement le reportage présenté par Léa Salamé ce soir du lundi 23 février 2026 à une encablure des élection municipales n'est pas le seul à encore une fois remettre en cause la vidéosurveillance, prisée à droite et rejetée à gauche comme elle le souligne.

L'article du Monde du 22 décembre 2021intitulé Une étude commandée par les gendarmes montre la relative inefficacité de la vidéosurveillance rapportait les mêmes conclusions, un peu hâtivement car portant en son sein des éléments de contradictions édifiants en citant les attentats de Nice en 2016.

Et dans son reportage madame Salamé et les journalistes de France 2 d'agiter "qu'il n'y a pas de chiffre qui établisse l'efficacité de vidéoprotection", "peu de chiffres consolidés qui montrent qu'il y a un impact significatif", citant un rapport de la cour des comptes "aucune corrélation globale n'a été relevée entre l'existence de dispositifs de vidéoprotection et le niveau de la délinquance commise sur la voie publique, ou encore les taux d'élucidation

Et comme Le Monde, cite enfin cette étude réalisée pour le compte de la gendarmerie (CREOGN) par l'universitaire  Guillaume Gormand qui "n'a pas identifié de différence de niveau de résolution sur les communes équipées ou sur les communes non équipées de vidéoprotection de voie publique". Cette étude a d'ailleurs été commandée suite à l'avis de la cour des comptes.

Alors ça ne sert à rien toutes ces caméras ? 

 


 

Ce que montre l’exemple de Nice (2016)

Une exploitation après les faits, pour l’enquête judiciaire. 

Les caméras ont permis de reconstituer le parcours du terroriste : Les 11 repérages et le trajet préliminaire sur la promenade des Anglais ont été identifiés grâce aux enregistrements vidéo, comme le souligne Le Monde . 

Cela prouve que les caméras captent des informations utiles, même si elles ne permettent pas toujours d’empêcher un attentat.

Alors certes, elles n’ont pas empêché l’attentat car aucune détection en temps réel : Les images n’ont pas alerté les autorités avant le drame, car le système n’était pas couplé à une analyse ni organisée, ni automatique (ex. : reconnaissance de plaques ou de comportements suspects).

Les caméras étaient principalement exploitées après les faits, pour l’enquête judiciaire.

Ironiquement l’article du Monde utilise les données issues des caméras pour illustrer leur "inefficacité" en prévention, alors que ces mêmes données démontrent leur utilité pour l’enquête et la compréhension des faits. 

C’est un paradoxe classique dans le débat sur la vidéosurveillance; elle est souvent critiquée pour ne pas empêcher les crimes, mais ses enregistrements sont indispensables pour les élucider. 

L’attentat de Nice en 2016 illustre parfaitement que l’échec n’est pas imputable aux caméras seules, mais à l’ensemble du dispositif sécuritaire — ou plutôt à ses failles systémiques. 

Et ce rapport universitaire pour la gendarmerie de 2021 ?

L’étude évalue la contribution de la vidéoprotection à l’élucidation des enquêtes judiciaires (pas à la prévention) dans six communes de l’Isère, sur la période 2017–2020. Ses conclusions principales :

  • Un faible impact global où seules 5,87 % des enquêtes élucidées ont bénéficié d’un apport vidéo (indices ou preuves), et 94,13 % des élucidations se sont faites sans vidéoprotection.
  • Des disparités selon les infractions, avec plus de contribution pour les vols liés aux véhicules (6,7 % des élucidations) que pour les cambriolages (2,4 %).
  • Des facteurs clés d’efficacité avec la qualité des réseaux (densité, technologie), un Partenariat étroit entre gendarmerie et municipalités, et enfin le réflexe des enquêteurs à mobiliser la vidéo (seulement 10 % des enquêtes y recourent).

Limite majeure : L’étude ne mesure pas l’apport de la vidéo à la prévention (ex. : dissuasion, détection en temps réel), mais seulement son rôle après coup, dans l’élucidation.

À la lumière de Nice (2016) : ce que le rapport ne capture pas

L’apport "invisible" de la vidéo : reconstitution et compréhension des faits

Cas de l'attentat de Nice : Les caméras ont permis de reconstituer les 11 repérages et le trajet du camion, même si elles n’ont pas empêché l’attentat. Cela illustre un rôle clé mais indirect :

  • Pour les enquêtes : Identification des failles (ex. : absence de contrôles physiques).
  • Pour la prévention future : Adaptation des dispositifs (ex. : barrières automatiques sur la promenade des Anglais après 2016).
Le rapport CREOGN se concentre sur les élucidations, pas sur la compréhension des modes opératoires pourtant cruciale pour prévenir de futurs attentats, crimes ou délits. 
 
Ainsi à Nice, sans les caméras, on n’aurait pas su que le terroriste avait fait des repérages. Cette information a permis d’améliorer les protocoles (ex. : surveillance accrue des zones piétonnes).

Le rapport sous-estime totalement l’apport de la vidéo comme outil d’analyse rétroactive et d’amélioration des dispositifs.

 

L’efficacité dépend de l'organisation sécuritaire, pas des caméras seules

  • Le rapport confirme que :
    • La vidéo est peu exploitée (10 % des enquêtes seulement la mobilisent).
    • Son utilité dépend de facteurs organisationnels (ex. : partenariat gendarmerie/municipalité, qualité des réseaux).
  • Nice montre que même avec 1 836 caméras, le système a échoué car :
    • Pas d’analyse en temps réel (les images étaient stockées, pas surveillées).
    • Pas de coordination entre police municipale (gestion des caméras) et services de renseignement.
    • Pas de contrôles physiques pour appliquer l’interdiction aux camions.

Le rapport souligne à raison que la vidéo seule ne suffit pas, mais il ne mesure pas l’impact d’un système intégré (caméras + analyse + coordination + contrôles physiques).

 

Le biais de l’étude fixé sur l’élucidation, pas la prévention

Le rapport CREOGN ne répond pas à la question :
 « La vidéoprotection permet-elle d’éviter des crimes ? », 
 il se limite à : 
« Contribue-t-elle à résoudre des enquêtes ? » (réponse : rarement).
 
Alors que l'enquête sur l'attentat de Nice révèle que la vidéo peut éclairer les failles d’un dispositif (ex. : absence de surveillance active), et qu'en prévention, son efficacité dépend de l’analyse en temps réel (ex. : logiciels de détection de comportements suspects) et de l’intégration à un écosystème (ex. : barrières, patrouilles, renseignement).

Le rapport est certes utile, mais incomplet : il ne dit rien sur le rôle préventif potentiel de la vidéo, si elle était mieux exploitée.

 

Critique méthodologique : ce que l’étude ne mesure pas

L’absence de données sur les "presque-échecs"

Par exemple si une enquête est élucidée grâce à un témoignage, mais que la vidéo a confirmé un détail crucial (ex. : horaire, trajectoire), le rapport ne le compte pas comme un "apport vidéo".

Problème : Cela sous-estime les contributions indirectes de la vidéo. Ainsi à Nice : Les caméras n’ont pas "élucidé" l’attentat , mais elles ont permis de comprendre comment il a été préparé.

Le rapport compte uniquement les cas où la vidéo est déterminante, pas ceux où elle est utile mais non décisive.

Un échantillon limité (6 communes de l’Isère)

Contexte : L’étude porte sur des petites/moyennes communes  avec des réseaux de vidéo souvent modestes et des partenariats locaux variables .
 
Nice en comparaison est une grande ville, avec un réseau dense de caméras (1 836 en 2016) et des enjeux sécuritaires spécifiques (tourisme, événements majeurs).
 
Les leçons de Nice ne sont pas directement transposables à des communes rurales ou périurbaines comme celles de l’étude et vice-versa.

Pas de distinction entre vidéo "active" et "passive"

 Le rapport ne différencie pas les systèmes passifs qui enregistrent sans analyse en temps réel, des systèmes actifs avec analyse automatique et opérateurs dédiés.

À Nice : Le système était passif : les caméras filmaient, mais personne ne surveillait les flux en direct. Résultat : Les repérages n’ont été détectés qu’a posteriori.

Dans des villes comme Londres les caméras sont actives (analyse en temps réel, alertes automatiques), ce qui permet des interventions préventives.

Le rapport ne mesure donc pas l’impact potentiel d’une vidéoprotection "intelligente" et intégrée.

 

Ce que le rapport confirme malgré tout

Malgré ses limites, l’étude CREOGN apporte des enseignements valables 

La vidéo seule ne suffit pas. Sans analyse humaine ou automatique, son utilité est limitée et par exemple à Nice, les caméras ont filmé, mais personne n’a agi.

 Les partenariats sont importants : L'étude montre que les communes où la gendarmerie et la municipalité collaborent étroitement ont de meilleurs résultats. À Nice, la fragmentation des responsabilités (police municipale vs. nationale) a nui à l’efficacité.

 Le "réflexe vidéo" des enquêteurs est faible où seuls 10 % des dossiers mobilisent la vidéo. Pourquoi ? Parce que son exploitation est lourde (réquisitions, visionnage fastidieux). À Nice, les images ont été exploitées après l’attentat, mais pas en amont.

Le rapport montre cependant que la vidéo est un outil sous-utilisé et mal intégré, ce que Nice confirme.

En conclusion : une étude utile, mais à compléter

Ce rapport CREOGN (2021) est rigoureux et instructif, mais son périmètre étroit (élucidation, petites communes, vidéo passive) limite sa portée.  

Le cas de l'attentat de Nice (2016) montre que :

  • La vidéo est indispensable pour comprendre les attentats et améliorer les dispositifs.
  • Son inefficacité apparente cache des failles systémiques (manque d’analyse en temps réel, organisation et coordination défaillante).
  • Une évaluation globale doit inclure : l’élucidation (comme le fait le rapport), la prévention (ce qu’il ignore) et surtout une intégration technologique à l'organisation sécuritaire (vidéo active vs. passive).
Au plaisir de voir la Radio Télévision d'état financée par nos impôts accoucher de reportages un peu plus consistant que celui pitoyable délivré ce soir dans un but électoraliste mesquin.
 
(Article rédigé avec l'aide de l'IA) 

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