Groenland, Trump et l’Europe : qui croit montrer sa force dévoile ses faiblesses
Groenland, Trump et l’Europe : qui croit montrer sa force dévoile ses faiblesses
Une alliance historique pourtant toujours vive
La relation transatlantique repose sur une histoire dense : sécurité collective, OTAN, valeurs démocratiques partagées. Pourtant, la crise provoquée par les déclarations de Donald Trump sur le Groenland révèle une dérive inquiétante : l’Europe agit comme si l’exécutif américain était à lui seul l’Amérique, alors que l'allié américain a des contre-pouvoirs clairs dans ses institutions.
Le fait le plus significatif et largement passé sous silence en Europe, est l’existence d’un projet de loi bipartisan au Congrès américain visant à interdire toute action militaire ou occupation d’un territoire de l’OTAN sans autorisation explicite du Congrès (1).
Ce texte, qui protège directement le Groenland et le Danemark, démontre que l’Amérique institutionnelle existe et agit n'entendant pas laisser son président agir en monarque. Que l’Europe n’en fasse aucun usage politique est un le signe d'une incapacité consternante.
Une Europe incapable de dialoguer avec l’Amérique institutionnelle
Ce projet de loi bipartisan est en soi un révélateur. Il montre que le Congrès américain — républicains et démocrates confondus — considère les propos et velléités de Trump comme suffisamment sérieux et hors cadres pour nécessiter une réponse législative. Autrement dit, ce que l’Europe traite comme des provocations est à Washington même identifié comme un risque institutionnel.
Pourtant, l’Europe reste muette. Pourquoi ? Parce que la finesse de cette position nécessite une vraie force et que l'Europe est faible et ne peut s'affirmer ostensiblement par cette voie. Soutenir publiquement ce projet de loi, ou même le mentionner comme un signal positif de stabilité américaine, aurait en plus permis à l’Europe de s’ancrer du côté des institutions américaines, et non d’un exécutif imprévisible. En s’abstenant, elle accrédite l’idée que Trump parle au nom de l’Amérique entière — ce qui est inexact du point de vue institutionnel et politiquement dommageable en tant qu'allié.
Quand la crédibilité se réduit à une surenchère de moineau
Face aux déclarations de Trump sur le Groenland, l’Europe aurait pu s’appuyer sur ce projet de loi bipartisan pour désamorcer la logique de confrontation : rappeler que les alliés américains eux-mêmes ont des limites constitutionnelles à l’usage de la force, et que le cadre de l’OTAN demeure engageant et juridiquement solide.
Or elle fait l’inverse et envoie des troupes, en ignorant ce signal politique fort venu du Congrès, elle s’est alignée sur une logique de surenchère militaire et de fermeté verbale, comme si la seule réponse possible à une dérive était l’escalade. Le paradoxe est cruel et ironiquement alors que le Congrès américain tente de verrouiller le cadre légal, l’Europe adopte une posture de fermeté apparente qui en réalité entérine son affaiblissement.
Cette incapacité à intégrer cet élément pourtant central d'un texte bipartisan limitant l’action militaire du président, montre à quel point la pensée stratégique européenne est limité à un réflexe de bomber le torse aussi inefficace que pitoyable plutôt que mener une analyse lucide qui aboutirait à saisir la banderille plantée au milieu du corps institutionnel qui sépare le président américain des autres représentants eux aussi élus et l'inciter à une approche plus constructive.
Une soumission par défaut, née de l’absence d’immagination et de puissance politique
Il ne s’agit pas d’une adhésion idéologique à la logique de bras de fer de Trump, mais d’une soumission de fait au jeu tel que Trump en impose les règles. En refusant d’utiliser le projet de loi bipartisan comme point d’appui politique, l’Europe renonce à toute capacité de recadrer les termes de l'échange. Elle accepte que Trump impose les termes du débat — menace, fermeté, rapport de force — alors que ces termes sont contestés au cœur même du système américain.
Ce choix a un coût stratégique. Il permet à la Chine et à la Russie de se délecter des contradictions occidentales qui affaiblissent l'OTAN
En réalité le silence européen sur ce projet de loi affaiblit la position occidentale plus sûrement que n’importe quelle décision agressive de Trump.
Vu de France : une occasion manquée révélatrice
La classe politique française face à un levier qu’elle ne voit même pas
La France a la force de son histoire diplomatique et de son siège au Conseil de sécurité, elle aurait été légitime pour mettre en avant ce projet de loi bipartisan comme preuve de la résilience démocratique américaine. Elle ne l’a pas fait. L'antiaméricanisme français qu'il fut gaullien ou de gauche fonctionne à 100%, l'occasion de s'acheter à peu de frais une contenance face à Trump.
En ne valorisant pas cette initiative du Congrès, la diplomatie française renonce à un levier politique subtil mais puissant : soutenir l’Amérique des institutions contre l’Amérique d'un président tout puissant. Ce renoncement traduit une diplomatie du faible qui agit voulant paraître fort face à Trump plutôt que d’assumer un rôle de partenaire exigeant.
Une presse française qui ignore ce qui dérange le récit
Le traitement médiatique français est tout aussi révélateur. Ce projet de loi bipartisan pourtant remarquable, structurant et politiquement significatif, est quasi absent des grands médias.
Pourquoi ? Parce qu’il contredit le récit dominant : celui d’une Amérique populaire diabolisée au travers de Trump et d’une Europe qui se veut vertueuse, se dresse face à lui et ne serait donc pas si faible et mercantile comme le dénoncent de plus en plus les citoyens d'Europe.
Parler de ce texte obligerait à nuancer la réalité des positions américaines, et qu'une politique MAGA mettant en avant le peuple américain et ses intérêts, n'est pas forcément une logique d'agression tous azimuts . Cela demanderait du temps, de la compétence, et une volonté de nuance. La facilité consiste à mettre en scène une résistance a Trump sans réelle contenance mais commode, au détriment de l’information.
Conclusion : le vrai scandale n’est pas Trump, mais ce que l’Europe ne fait pas
Le véritable fait politique de cette séquence n’est pas une déclaration de Trump, mais l’existence d’un projet de loi bipartisan américain visant à empêcher précisément ce qu’il menace. Ce texte est une preuve de vitalité démocratique américaine — et un test pour l’Europe.
En ne s’en saisissant pas, l’Europe révèle sa faiblesse : elle ne sait plus distinguer un allié des décisions décousues de son exécutif, ni transformer une crise en opportunité politique. À force de confondre déclarations véhémentes et fermeté, elle laisse passer les rares moments où elle pourrait peser autrement que par des parades militaires ou des communiqués creux.
(1) US senators introduce bill to stop military from occupying Nato territories - Financial Times 13 janvier 2026
Cet article est rédigé avec l'aide de l'iA

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