Capgemini–ICE : quand une prétendue morale veut remplacer la démocratie
- Obtenir le lien
- X
- Autres applications
Capgemini–ICE : quand une prétendue morale veut remplacer la démocratie
L’affaire Capgemini–ICE n’est pas, à mes yeux, un simple épisode de polémique "corporate".
Elle constitue un symptôme d’un dérèglement plus profond de nos démocraties contemporaines : la tendance croissante à substituer une prétendue morale, militante, au droit démocratique, et à délégitimer toute position qui n’entre pas dans le cadre d’une pensée qui se veut dominante se présentant comme vertueuse par essence.
Ce qui me frappe dans cette affaire, ce n’est pas seulement le débat sur l’immigration ou sur une entreprise particulière, mais la manière dont une partie du débat public s’arroge le monopole de la morale — et, ce faisant, mine les fondements mêmes de la démocratie qu’elle prétend défendre.
La captation de la morale : quand l’éthique devient une arme politique
La première dérive que révèle cette affaire est ce que j’appelle une captation de la morale.
Des voix se présentent comme les gardiennes exclusives de “l’éthique”, des “droits humains” et de la “dignité”. Elles dénoncent Capgemini pour avoir travaillé avec une agence publique américaine légalement constituée, chargée d’appliquer des lois votées par des représentants élus.
Or, cette posture sous un angle moral occulte un paradoxe majeur : ce faisant ces mêmes voix ferment les yeux sur les réalités criminelles qui prospèrent autour de l’immigration illégale — réseaux de passeurs, trafic d’êtres humains, exploitation sexuelle, travail clandestin et économie mafieuse.
![]() |
| Clandestins discutant avec un employeur potentiel -1 août 2025 Central Avenue, Albany, U.S.A |
Il y a là une contradiction flagrante : on invoque la dignité humaine tout en tolérant, voire en justifiant indirectement, un système qui prospère sur la misère et la vulnérabilité des plus faibles.
La morale, dans ce contexte, ne sert plus à protéger les individus ; elle devient un instrument de disqualification politique. Toute personne qui défend l’État de droit est aussitôt suspectée d’inhumanité. Toute entreprise qui coopère avec une autorité légale est accusée de trahison morale.
Ce déplacement est dangereux : la discussion politique cesse d’être un débat sur les lois et les institutions pour devenir un tribunal moral permanent.
La tentation jacobine : de Robespierre à nos débats contemporains
Cette captation de la morale rappelle une dérive historique édifiante : celle du jacobinisme révolutionnaire incarné par Robespierre.
Robespierre ne se voyait pas comme un tyran. Il se présentait comme l’incarnation de la vertu républicaine, le défenseur du peuple et de la démocratie. Mais au nom de cette vertu, Robespierre a justifié l’élimination politique puis l'extermination physique de ses adversaires.| Exécution de Robespierre, Saint Just et partisans 28 Juillet 1794. Gravure de Jonnard d’après H. Renaud. « Histoire de la Revolution » - Louis Blanc. |
La leçon historique est claire : quand une idéologie prétend détenir seule la pureté morale, elle finit par détruire la pluralité démocratique qu’elle prétend défendre.
Aujourd’hui, la violence n’est plus guillotine ; elle est symbolique, médiatique et sociale. Mais le mécanisme est similaire :
-
Ceux qui contestent la vision dominante sont accusés d’être “complices”, “inhumains” ou “réactionnaires”.
-
Le désaccord politique est transformé en faute morale.
-
Le pluralisme est perçu comme une menace plutôt que comme une richesse démocratique.
Dans l’affaire Capgemini–ICE, on retrouve cette logique : au lieu de débattre des lois américaines sur l’immigration, certains militants ont préféré juger moralement l’entreprise et ceux qui défendent l’État de droit.
C’est une tentation néo-jacobine : imposer une vision morale unique au détriment du débat démocratique.
Avec Nietzsche : de la morale chrétienne à la “moraline” progressiste
Pour éclairer cette dérive, Nietzsche offre une grille de lecture particulièrement intéressante avec son concept de “moraline” : une morale qui se prétend universelle mais qui, en réalité, sert à dominer, culpabiliser et disqualifier.
Hier, cette moraline était d’inspiration religieuse : au nom de Dieu, on imposait des normes incontestables.
Aujourd’hui, elle s’est sécularisée. Elle ne s’exprime plus au nom de Dieu, mais au nom des “droits humains”, de “l’éthique” ou du “progrès”. Pourtant, la structure reste la même :
-
une morale qui se présente comme évidente,
-
qui interdit le débat,
-
et qui place ses adversaires du côté du mal.
Cette moraline progressiste fonctionne comme une nouvelle orthodoxie : elle ne tolère ni nuance, ni contradiction, ni pluralisme réel.
Dans le cas Capgemini–ICE, elle conduit à condamner une entreprise non pour avoir violé la loi, mais pour avoir travaillé avec une agence légitime appliquant des règles démocratiquement décidées.
Autrement dit, la morale militante s’érige au-dessus du droit, et prétend dicter ce que les institutions peuvent ou ne peuvent pas faire — indépendamment du vote des citoyens.
![]() |
| Forces de l'ordre et agents de ICE, emmenant des personnes en garde à vue devant un tribunal de l'immigration à Phoenix, Arizona, 21 mai 2025 (Caitlin O'Hara/Reuters) |
Conclusion : réhabiliter la primauté du droit démocratique
L’affaire Capgemini–ICE n’est donc qu’un révélateur. Le problème de fond est plus large :
Une démocratie ne peut pas fonctionner si la morale autoproclamée d’un camp se substitue au droit commun. Elle ne peut pas survivre si l’indignation remplace la loi, et si la vertu proclamée tient lieu d’argument politique.
Être attaché aux droits humains ne signifie pas mépriser la démocratie représentative. Être humaniste ne signifie pas nier la légitimité des frontières, des lois et des institutions votées par les citoyens.
Si nous voulons préserver nos sociétés libres, nous devons réaffirmer un principe simple : On débat des lois — on ne juge pas moralement ceux qui les appliquent.
C’est par le vote, le parlement et les tribunaux que les règles doivent évoluer, et non par la pression de la rue, des réseaux sociaux ou des lynchages médiatiques.
- Obtenir le lien
- X
- Autres applications


Commentaires
Enregistrer un commentaire